Benoit COURTI, photographie poétique en noir et blanc.
Benoit COURTI, photographie poétique en noir et blanc.

Benoit COURTI, photographie poétique en noir et blanc.

Entretien de Lez’ArTs avec l’artiste Benoit COURTI

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Benoît Courti est un photographe professionnel français qui vit à Paris. Autodidacte, il commence à faire des photos vers l’âge de 20 ans, puis devient musicien et compositeur durant une dizaine d’années. Il n’a pas appris la photographie, il n’a pas suivi de leçon particulière sur la technique, il n’a pas fait d’école, il a simplement un don indéniable et un sens aigu de l’observation doublé d’une aptitude pour la composition juste qui fait mouche.

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Benoit avance et se perfectionne de manière purement intuitive, quand il a une idée il tente le coup, l’envie d’essayer telle ou telle chose le guide, et souvent son intuition s’avère payante en témoignent ses carrés qui transpirent la créativité et l’originalité. En 2010, quand il rentre d’Allemagne, il se remet à la réalisation de portraits. C’est l’encouragement de ses proches qui le pousse à approfondir cette piste artistique. Si bien qu’il choisit de vivre à plein temps sa passion initiale pour la photographie en noir et blanc.

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Au-delà de ses amis, il concède avoir été inspiré en matière de portrait par le travail de Richard Avedon et de Paolo Roversi pour sa texture particulière. Quand il faisait de la musique, il trouvait son inspiration dans des images, maintenant c’est l’inverse. « J’écoute beaucoup plus de musique. Quand l’un prend tout le temps, l’autre est en veille d’une certaine manière, mais laisse sa trace en filigrane. »

Speaking Hans © Benoit Courti
Ne sont-elles pas magnifiques, ces mains tellement évocatrices ? Je suis tentée de dire que le noir sublime ici la photographie, mais il n’agit pas sans la lumière, rendant le cliché aussi éloquent.

                                                                                                              Son matériel

Il est incontestablement l’un des grands portraitistes de sa génération, il donne au noir et blanc une saveur toute spéciale. Ses clichés, qu’il décrit comme le résultat de rencontres, véhiculent des ambiances inattendues, donnent à voir des atmosphères particulières, il capte l’imprévu dans les visages, les postures pour explorer et décliner l’autre, tout ceci dans une impression photographique poétique et contrastée. Il shoote avec un Canon 5D Mark II et des focales fixes, et pour l’éclairage , il utilise exclusivement la lumière continue. Mais il avoue ne pas attacher une grande importance au matériel sauf dans la sélection de ses objectifs : « Je n’entretiens aucune relation particulière avec l’appareil si ce n’est le choix des optiques. Ma préférence pour le portrait va pour un 85 mm qui laisse une distance avec le modèle lors de la prise de vue. »

                                                                                                       Sa méthode

Revenons à la notion fondamentale de la rencontre dans le travail photographique de Benoît. Car la méthode qu’il utilise n’est pas commune, sauf chez les photographes de rue ou de paysages, c’est-à-dire pour des spécialités où il n’y a pas besoin d’une complicité particulière entre le sujet pris et le photographe. Par contre quand on parle des portraits de Benoît et que l’on sait qu’il s’agit de compositions live qui ne sont pas des mises en scène, c’est beaucoup plus surprenant ! Effectivement, c’est la personne qu’il rencontre et avec qui il partage l’instant qui va faire la photographie.

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En général au début d’une séance de prises de vue, il ne sait presque jamais comment cela va se passer, il n’a pas d’idée particulière, pas de scénario en tête, il laisse libre court au sujet d’évoluer devant l’appareil comme bon lui semble et Benoît agit simplement sur le moment du déclenchement. C’est la rencontre et le déroulement de l’échange qui va faire naitre le bon moment, la bonne image, l’instant éphémère où l’essentiel sera montré et où l’image idéale sera figée.

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Benoît Courti confie que parfois, ce moment idéal arrive très rapidement, mais qu’à d’autres moments il est plus long à se dessiner. En tout cas, quand cet instant survient et qu’il est dans la boîte, Benoît en est conscient, il le sait. Il déclare même ne pas avoir besoin de regarder l’image, il sait au plus profond de lui qu’il peut mettre un terme à la séance. « Quand je sais que je l’ai (NDLR : l’instant) ? Quand j’appuie et que c’est la bonne prise, je le sais, je le sens, même pas besoin de la voir, ça traverse l’air ! » C’est en fait ce qu’il aime en photographie, découvrir le cliché avec sa part de surprise.

Maestro

Play

Benoit Courti, dans sa série Deep Black s’est aussi tenté à photographier sa seconde passion, la musique.

                                           Benoit Courti a été compositeur. Qu’est-ce qui l’a fait se tourner vers la photographie ?

“La fin d’un cycle. J’ai toujours aimé la photo, mais faute de temps je n’avais jamais eu l’occasion de m’y consacrer sérieusement. J’ai commencé à faire mes premiers portraits en 2010 et mes proches m’ont poussé à continuer. Grace à Internet j’ai reçu mes premières commandes et j’ai décidé de profiter de l’occasion pour tenter cette nouvelle expérience. J’ai passé beaucoup de temps seul en studio lorsque je travaillais dans la musique et j’aime cette nouvelle façon d’aller vers les autres. La photographie me permets de rencontrer des personnes d’univers tellement variés. Je le vis comme une véritable bouffée d’oxygène.”

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Série « Deep Black », comment est-ce que l’idée et le thème lui sont venus à l’esprit ?

“Je tente d’explorer à travers cette série des sujets simples mais forts de symboles. Perdre les notions d’espace et de temps, pour mieux se concentrer sur l’essentiel. J’aime la façon dont on peut utiliser ce fond noir sans limite, comme si ces moments étaient transposés dans un infini, des souvenirs de rêves.”

                                                                                                           Ses projets :
Benoît a comme projet de passer deux semaines chez un ami dans un village de la Manche, où il prendrait des portraits de tout le monde en partant du boulanger en passant par le garde champêtre, le pêcheur et le maire … Pour cette idée, il aimerait travailler avec un Leica ou un autre boîtier que le sien, alors à cette fin, il approche différentes marques pour se faire prêter du matériel en leur soumettant son projet. Il a également dans l’idée de travailler sur fond blanc ou gris car il dit avoir déjà beaucoup travaillé sur fonds noirs.

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Reste à savoir comment il va définir et utiliser ce concept du fond clair, car il dit du fond noir qu’il lui fait perdre les notions d’espace et de temps, pour se concentrer sur l’essentiel. Cela fait référence à la série aux noirs intenses « Deep Black » à propos de laquelle il déclare « J’aime la façon dont on peut utiliser ce fond noir sans limite, comme si ces moments étaient transposés dans un infini, des souvenirs de rêves ». Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas les projets qui manquent chez ce créatif aux méthodes originales, il nous faut à présent nous armer de patience et attendre qu’il couche toutes ces idées sur papier photo !

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“Cut”

J’ai été soufflée par la puissance des clichés la première fois que je suis tombée dessus. Ils sont visuellement parlant impressionnants tout en détenant un message ou une incitation à la réflexion très forte. Benoit Courti arrive à montrer son sujet tout en nous laissant une place à la rêverie, à l’interprétation.

La photographie à la natte est en ce sens splendide ; on oscille entre délivrance de la coupe et torture imposée. Les deux mains n’appartiennent pas à la femme, qui se laisse faire. Ne se débat-elle pas par résignation ou par simple souhait de voir sa belle chevelure se disperser au sol ?

De même, cette petite fille au regard obstrué car « le monde est fou » balance entre toute la violence supposée face à elle et son absence de liberté face à sa réalité. Ce qui est intéressant ici, c’est que la folie se trouve en face d’elle, c’est-à-dire le photographe, et nous. Nous sommes donc le danger que l’on cache à la fillette, le monstre qui l’observe à travers l’objectif.

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La série Deep Black a été exposée à BARROBJECTIF (festival international du photoreportage) en 2019, dont la prochaine édition aura lieu du 14 au 22 septembre 2024 à Barro, Charente

12 commentaires

      1. Sylvia

        J ‘aime beaucoup les photos en noir et blanc. On arrive à combler le manque de couleurs par nos émotions. Les photos de Benoît Courti sont exceptionnelles. Je ne le connaissais pas, et je crois que je pourrais le reconnaître, à partir de maintenant. Car son style est tellement particulier. Merci mon amie pour ce partage.

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