Raoul Dufy, l’ivresse de la couleur.
Raoul Dufy, l’ivresse de la couleur.

Raoul Dufy, l’ivresse de la couleur.

Exceptionnel dessinateur et coloriste, Raoul Dufy excella aussi bien dans la peinture, la gravure, la lithographie que dans la céramique.

S’il subit l’influence de l’impressionnisme à ses débuts, avant d’expérimenter le fauvisme et le cubisme cézannien ; Raoul Dufy parvint à développer une touche qui lui est propre et facilement reconnaissable faisant de lui un artiste phare du XXème siècle.

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La Baie des Anges, 1929

Le Havre, berceau des grands peintres.

Né au Havre en 1877, Raoul Dufy est l’ainé de neuf enfants. Issu d’une famille modeste le jeune garçon interrompit ses études à l’âge de quatorze ans afin de travailler dans une maison d’importation de café. Mais son père qui aimait la musique transmit son goût pour l’art à plusieurs de ses fils, dont Raoul et son jeune frère Jean (1888-1964) qui deviendra peintre également.

Ainsi, à la même époque, Raoul Dufy suivit des cours du soir à l’École municipale des Beaux-Arts du Havre. À cette occasion il fit la rencontre d’Othon Friesz (1879-1949) qui restera l’un de ses plus fidèles amis.

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Intérieur avec femme indienne, 1930

1895-1900 : des prémisses impressionnistes.

Durant ses premières années au Havre, Raoul Dufy acquit une certaine maîtrise du dessin qu’il n’aura de cesse de perfectionner.

Il ne put échapper à l’influence du Honfleurais Eugène Boudin (1824-1898) et du style impressionniste que les paysages et personnages de la région lui offrirent. La plage de Sainte-Adresse constitua un motif privilégié où s’illustraient pêcheurs et promeneurs (La plage de Sainte-Adresse, 1904, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris). Ainsi, dès 1895 Dufy réalisa des aquarelles académiques de paysages des proches environs ainsi que des portraits de famille et des autoportraits.

La tour Eiffel, 1935

1900-1908 : le fauvisme, un choc artistique.

En 1900, Raoul Dufy reçut une bourse de la ville du Havre lui permettant de s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il fréquenta l’atelier du peintre Léon Bonnat (1833-1922) où il retrouva Friesz avec lequel il partagea un atelier à Montmartre.

Si entre 1901 et 1904, Raoul Dufy continua d’être influencé par les impressionnistes — Camille Pissarro (1830-1903) et Claude Monet notamment (1840-1926) — le Salon d’automne de 1905 créa un choc chez le jeune peintre. En effet, le fauvisme des artistes Henri Matisse (1869-1954) et André Derain (1880-1954) déclencha chez Dufy une quête artistique qui le conduira au développement d’un style personnel.

Durant cette période, Raoul Dufy réalisa des œuvres simples aux sujets épurés et aux couleurs éclatantes (Vieilles maisons sur le bassin de Honfleur, 1906, huile sur toile).

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Le Casino de Nice aux chaises

1908 : la tentation du cubisme cézannien.

En 1908, Dufy découvrit Marseille et l’Estaque en compagnie de Georges Braque (1882-1963). Le jeune artiste se passionna pour Cézanne (1839-1906) et commença, de fait, à ordonner son dessin au travers de compositions davantage géométriques.

Au contact de Braque — qui de son côté allait être à l’origine du cubisme — Raoul Dufy simplifia ses formes, structura l’espace et adoucit ses couleurs (La grande baigneuse, 1914, huile sur toile, Musée d’Art Moderne André Malraux, Le Havre).

Mais le cubisme n’étant pas au goût de l’époque, les toiles se vendaient très mal. Raoul Dufy, par nécessité économique, s’adonna à la gravure sur bois à partir de 1907 puis poursuivit son travail de recherche entre 1909 et 1911. Il illustra de nombreux livres en puisant son inspiration dans l’art populaire.

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Le Grand Orchestre , vers 1946, huile sur toile

1910 : Dufy et la mode.

Séduit par la fantaisie de Dufy, le couturier Paul Poiret (1879-1944) lui proposa de réaliser des tissus. Ainsi, en 1910, Poiret et Dufy créèrent un atelier d’impression de tissus « La petite usine ». L’artiste était en charge de dessiner les motifs, graver les bois destinés à l’impression et d’étudier les techniques chimiques nécessaires à l’impression. Peu à peu Raoul Dufy introduit la couleur et assouplit son trait.

En 1912, Dufy signa un contrat avec une firme de soieries lyonnaise qui lui permit d’exprimer pleinement son talent. L’artiste poursuivit cette activité parallèle jusqu’en 1928.

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Raoul Dufy.

A partir de 1919 : La recherche d’une touche propre.

Cherchant à développer un style n’appartenant qu’à lui, Raoul Dufy voyagea dans plusieurs pays à partir de 1919 — Italie, Sicile, Maroc — en quête de nouveaux modèles. Mais c’est en Provence que Raoul Dufy parvint à trouver son inspiration. Il allia sa maîtrise extraordinaire du dessin aux couleurs éclatantes. Son trait se libéra des contraintes du cubisme laissant s’épanouir courbes et arabesques (Les collines de Vence, vers 1920, huile sur toile).

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Scène de café

Aquarelle et gouache sur papier par Raoul Dufy, réalisée vers 1934 – (Dimensions : 50,8 x 66,8 cm,
vendue £50,000 à Sotheby’s Londres le 6 février 2014)

L’apport de Raoul Dufy à l’histoire de l’art.

Après avoir testé de nombreux styles — impressionniste, fauve, cubiste — Raoul Dufy parvint à développer sa propre touche. Les caractéristiques essentielles de son style furent en place dès 1920.

Les compositions de Dufy sont tout d’abord conçues à travers un trait de dessin caractéristique du peintre. Végétaux, personnages, symboles, courbes ressortent de ses compositions tels de véritables éléments sculptés. Ces derniers, tracés au crayon, à l’encre de Chine ou au pinceau fin, structurent la scène et lui insufflent la vie.

Associée au dessin, la couleur étalée en larges aplats ou en zébrures nerveuses imbibe la forme en arrière-plan et déborde largement, créant ainsi une ambiance colorée aux tons purs et rayonnants.

Ainsi, la forme et la couleur ne coïncident jamais totalement dans les compositions de Dufy, faisant de ses peintures des œuvres uniques et reconnaissables.

Vieilles maisons sur le bassin de Honfleur – 1906

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Jeanne dans les fleurs, 1907, huile sur toile, 90,5 x 77,5 cm
MuMa musée d’art moderne André Malraux, Le Havre, legs de Mme Raoul Dufy, 1963
© MuMa Le Havre / David Fogel © ADAGP, Paris, 2013

Anémones, estampe lithographie couleur sur papier Arches, 1948
(62.2 cm x 47.6 cm)

Paris, 1937, gouache sur papier.

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Le champ de blé, 1935, huile sur toile

Visite de l’Escadre anglaise au Havre, Raoul Dufy (1877-1953), Circa 1927-1929, gouache sur papier

Régates (détail), 1935, huile sur toile, 73 x 92 cm, Musée d’Art moderne de Paris, Don de l’artiste en 1937, photo : Paris Musées / Musée d’Art Moderne, © Adagp, Paris, 2022

Port au voilier, hommage à Claude Lorrain, vers 1935, huile sur toile, 89 x 113 cm, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Legs de Mme Berthe Reysz en 1975, photo : Paris Musées / Musée d’Art Moderne, © Adagp, Paris, 2022

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Le clocher de l’église d’Harfleur ~ 1901-1903 ~ huile sur toile – 80 x 68 cm, MuMa Le Havre

En conclusion, Raoul Dufy commença sa carrière sous l’influence des Impressionnistes mais ressentit très vite le besoin d’aller vers d’autres directions.
Sa rencontre avec Matisse agit comme un révélateur lui faisant entrevoir une nouvelle mécanique artistique et picturale : le « fauvisme » qu’il expérimenta entre 1900 et 1905.

La toile présentée ci-dessus témoigne de cette verve créatrice. Si le choix du sujet le rattache encore à la tradition romantique, à son intérêt pour le patrimoine médiéval et à son goût pour le pittoresque, par contre le point de vue sur l’église gothique permet à l’artiste de jouer avec les reflets des eaux.
Si l’effet sur le miroitement le rapproche des impressionnistes , la vivacité des couleurs utilisées annonce déjà ses recherches ultérieures qui lui feront rejoindre les « Fauves ».

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Nice, vue de l’escalier Lesage, 1927, aquarelle et traits de crayon, étude au crayon au revers, 65 x 50 cm.
(Estimation : 20 000/30 000 €. Adjugé : 126 880 €)

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